La désobéissance civile est le refus de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent. Certains, conservateurs, ne voyant dans ces actions que la dégradation de biens, d'autres, dont nous sommes, y voyant un acte salutaire de désobéissance civile, visant à faire modifier la politique des autorités.
Ghandi a plaidé la résistance à l'oppression à l'aide de la désobéissance civile de masse, qui a contribué à conduire l'Inde à l'indépendance. Gandhi a inspiré de nombreux mouvements de libérations et de droits civiques autour du monde et de nombreuses autres personnalités comme Albert Schweitzer, Martin Luther King, Nelson Mandela, Steve Biko, le dalaï lama et Aung San Suu Kyi. Ses critiques importantes envers la modernité occidentale, les formes d'autorité et d'oppression (dont l'État), lui valurent aussi la réputation de critique du développement dont les idées ont influencé beaucoup de penseurs politiques.
Larbi Chouikha, politologue et militant de la Ligue tunisienne des droits de l'homme déclare : « Cela montre en tout cas que des révolutions de velours peuvent se faire dans un pays arabe. Pour la première fois, des gens se sont levés pour dire "non, va-t-en", et cela a été une réussite. Quel que soit le nouveau gouvernement, ou président, qui apparaîtra, il devra composer avec la rue. C'est ma plus grande fierté : nous ne sommes pas un peuple qui sombre dans l'obéissance, nous pouvons aussi désobéir »
Notre sentiment est au mieux exprimé par le président américain Barack Obama qui a salué, vendredi, le "courage et la dignité" du peuple tunisien après la fuite du président Ben Ali, et a appelé le gouvernement à organiser des élections "libres et justes" dans "un proche avenir", selon un communiqué de la Maison-Blanche. "Je condamne et déplore le recours à la violence contre des citoyens qui ont exprimé de façon pacifique leur opinion en Tunisie et je salue le courage et la dignité du peuple tunisien". Barack Obama, salue "une lutte courageuse et déterminée pour des droits universels". "Nous nous souviendrons longtemps des images du peuple tunisien cherchant à faire entendre sa voix", a-t-il affirmé. "J'encourage toutes les parties à garder leur calme et à éviter des violences, et appelle le gouvernement tunisien à respecter les droits de l'homme et à organiser dans un proche avenir des élections libres et justes qui reflètent la volonté réelle et les aspirations des Tunisiens", a-t-il ajouté.
Le président tunisien déchu est arrivé en Arabie saoudite Les Tunisiens le surnommaient «Benavie». Finalement, il a duré vingt-trois ans.
La Conseil constitutionnel a nommé, aujourd’hui, le président du Parlement, Foued Mebezza, au poste de président par intérim. Taoufik Ben Brik, journaliste tunisien et opposant au régime de Ben Ali, pense que les manifestations vont continuer car le pouvoir intérimaire n'a "aucune légitimité".
« Rien n'est garanti, vraiment rien, tant le coup de colère qui s'est emparé du pays est profond, rage puisée dans des années d'humiliations et de peur, trop longtemps encaissées en silence. C'est une explosion qui était – largement – prévisible. Le régime Ben Ali, dont le bilan économique et social n'est pas négligeable, avait hermétiquement verrouillé toutes les possibilités d'expression politique ou sociale. Tout était contrôlé par le pouvoir – rares formations politiques autorisées, syndicats, justice, associations, presse, éditions, etc. Et même l'économie.
Car la Tunisie de Ben Ali n'était pas seulement un régime policier brutal, elle relevait de l'autocratie kleptomane. La "famille", comme disaient les Tunisiens pour parler des proches du président, et notamment de sa belle-famille, s'est emparée d'une partie de l'économie du pays – banques, tourisme, immobilier, etc. – par des moyens relevant purement et simplement du gangstérisme.
Ces régimes-là finissent mal, toujours, et il n'est pire aveugle que ceux qui se refusent à les regarder pour ce qu'ils sont. Bravant torture, tabassages et autres exactions, l'opposition tunisienne a alerté, crié des années sans jamais être entendue à Paris. La France ne voulait pas entendre. Au nom d'une realpolitk bien peu réaliste et bien peu politique, Paris a multiplié les complaisances à l'adresse de Ben Ali. Au prétexte que le régime protégeait le pays de l'islamisme – a moins qu'il ne l'ait nourri –, on se refusait à en reconnaître la vraie nature. L'avenir dira que ce ne fut pas seulement une faute morale, mais aussi, et plus encore, une erreur politique. »
Wikileaks dévoile que l’occident savait…
Vers un printemps démocratique arabe ?
Le régime jeté à bas, avec courage, par les manifestants tunisiens comportait plus d'un point commun avec une certaine norme régionale: extrême concentration du pouvoir, kleptocratie, surpuissance du maillage policier, étouffement systématique de toute forme d'opposition et onction démocratique de façade obtenue par le détournement des élections politiques ou socio-professionnelles, le tout justifié au nom d'une spécificité culturelle ou nationale. Dans ces régimes autoritaires, l'opposition a été réduite à l'islamisme politique, un épouvantail commode instrumentalisé pour obtenir le soutien peu exigeant de leurs alliés occidentaux. Néocolonialisme…. ?
Quid de l’Algérie et du Maroc ( villégiature favorite de nos élites…) ?
Compte tenu de son histoire (une indépendance obtenue pacifiquement) et de l'existence d'une classe moyenne éduquée, le fait que la première révolution arabe postérieure à la décolonisation survienne en Tunisie ne surprendra personne.
Les régimes autoritaires de la région, au cours des dernières années, se sont adaptés aux circonstances en rompant avec le dirigisme économique souvent désigné par l'expression de "socialisme arabe" au profit d'un modèle chinois ou singapourien conjuguant l'ouverture économique et le verrouillage politique. Ce nouvel équilibre ne met pas à l'abri des surprises, c'est la leçon de l'exemple tunisien qui s'inscrivait pourtant dans ce cadre.
L'inquiétude qu'il alimente aujourd'hui peut être vérifiée dans la célérité manifestée par les autorités algériennes ou jordaniennes à répondre par des mesures budgétaires aux tensions conjoncturelles créées par la nouvelle hausse mondiale des produits alimentaires de base. La Libye et le Maroc ont également pris des dispositions en ce sens. Face aux turbulences, les régimes du Maghreb ou du Proche-Orient ne sont pas sur un pied d'égalité. Ceux qui sont dépourvus de ressources pétrolières sont en effet privés des moyens d'acheter une temporaire paix sociale.
Une transition démocratique ?
Larbi Chouikha, « La question maintenant est : "Comment M. Mebezza va-t-il manœuvrer ?" Cela va dépendre de plusieurs facteurs : le poids de l'armée et le rôle que le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique constitutionnel, va jouer. M Mebazza devrait très certainement composer un gouvernement d'union nationale. Il faudrait que ce gouvernement d'union soit le plus représentatif possible.
Il faut surtout absolument revoir les textes constitutionnels dans la perspective des élections législatives anticipées qu'il doit organiser d'ici à six mois. Tout a été verrouillé sous Ben Ali pour contrer l'opposition, tout est donc à revoir. On ne peut pas encore dire quels partis d'opposition participeront à ce gouvernement, mais beaucoup d'opposants politiques en exil devraient déjà rentrer en Tunisie.
Nous souhaitons de tout cœur que le peuple tunisien puisse établir, au plus vite et dans la paix, cette transition !
Quelle leçon pour la France ?
La révolution tunisienne est une magnifique leçon démocratique et solidaire lancée à la face du monde et à la passivité complice des vieux pays ex-colonisateurs. Elle signe la fin du néocolonialisme arrogant, cynique et hypocrite et donne une leçon au gouvernant tenté par le déni démocratique, l’injustice sociale, les privilèges et discriminations, le bling-bling, la manipulation de l’islamisme et la tentation sécuritaire…
Ce que les conservateurs nomment avec mépris le « populisme » n’est que la légitime revendication de la justice sociale, de la juste répartition des fruits du travail, du respect démocratique et des principes républicains. Ce que les mêmes conservateurs nomment « assistanat » n’est que la volonté de solidarité et de paix d’un peuple qui compte sur un Etat probe et juste qui lui permette liberté et travail digne !
Cette vitalité démocratique de l’autre coté de la méditerranée ne peut avoir que des répercutions positives sur nos vieilles démocraties poussives et un tantinet bananière…L’Union méditerranéenne ne pourra se faire qu’à ce prix, celui de l’équité des échanges, celui solidaire de l’aide du puissant au faible, celui du respect. Au modèle chinois conjuguant l'ouverture économique et le verrouillage politique, ayons l’intelligence de proposer le modèle des « Lumières ».
Et commençons par le retrouver nous même !
Nos politiques devraient méditer la leçon de Gandhi…L’injustice, la répression et l’humiliation se payent toujours. Devant un peuple en colère, tout gouvernement est en carton. La colère du peuple n’est pas l’expression de la brutalité intrinsèque d’une masse anonyme mais la réaction à l’inconséquence des dirigeants…
Le XXième siècle, avec l’amélioration globale du niveau de formation et d’information, grâce à internet, verra-t-elle la venue d’une nouvelle forme de révolution ? Celle de la pression irrémédiable d’un peuple responsable qui veut prendre son destin en main et construire l’avenir par une nouvelle forme de démocratie ?
La real-politique et le pragmatisme peuvent-il survivre sans l’éthique ?
La Tunisie est une nouvelle bataille des conservateurs contre les modernes qui nous vient du sud !
Enfin, une leçon pour la presse, complice par son silence sur ce qui se passait en Tunisie…La presse doit choisir entre l’allégeance ou la complicité de caste avec le pouvoir et le peuple, la démocratie et les principes républicains.
Sources: Le Monde, Le Point, l'Express, Libération, Nouvelobs, Mediapart